a conférence de Frédéric Mallégol sur la galette des Rois, c’était du gâteau. On n’imaginait pas qu’on puisse parler pendant plus d’une heure d’un sujet que l’on croyait bien mince. Notre conférencier bimestriel nous a transporté des Saturnales romaines puis gallo-romaines pratiquées en Gaule, donc à Morlaix, à la galette actuelle dont la recette complète nous a été livrée en vidéo. Sans oublier le passage capital d’une fête païenne à la fête chrétienne de l’Épiphanie (épisode de l’adoration des Rois Mages devant Jésus), après la conversion au christianisme de l’empereur Constantin, conversion qui mettait fin au culte des dieux romains, donc de celui de Saturne. Les Saturnales s’accompagnaient déjà d’un gâteau rond et doré comme le soleil avec de vraies fèves qui permettaient de désigner le roi d’un jour, lequel pouvait être un esclave si le sort en avait décidé ainsi. Plus tard, pour éviter toute tricherie (ceux qui ne voulaient pas être roi avalaient la fève), la fève comestible a été remplacée par une fève en porcelaine.
Vers le XIe siècle après Jésus-Christ apparait une légende qui se développe particulièrement dans les régions franco-allemandes, les pays nordiques et de l’Est. Elle concerne trois « innocents » protégés par saint Nicolas qu’un malentendu littéraire a transformés en trois enfants.
UNE HISTOIRE SALÉE L’hiver approchant, ces trois enfants, partis glaner dans les champs se perdent. Attirés par une lumière venant d’une maison, ils frappent à la porte. L’homme leur ouvre. C’est Pierre Lenoir (Peter Schwartz dans la culture germanique), un boucher qui accepte de les accueillir pour la nuit et qui les tue après leur entrée. Il les coupe en menus morceaux pour en faire un petit salé et les met dans un saloir. Saint Nicolas, chevauchant son âne, passe par là. Il frappe à la porte. L’homme, n’osant pas rejeter l’évêque, le convie à dîner. Son invité lui demande du petit salé. Le boucher comprend qu’il est démasqué et avoue tout.
NAISSANCE DU PÈRE FOUETTARD Le saint homme étend alors trois doigts au-dessus du tonneau, reconstituant et ressuscitant les trois enfants. Il enchaine le boucher à son âne pour le punir. Celui-ci devient le père Fouettard dont le rôle sera de réprimander les enfants désobéissants, violents et irascibles. Vêtu de noir, cagoulé, portant barbe noire, il est tout l’opposé de saint Nicolas, visage ouvert, portant barbe blanche, habillé des vêtements colorés des évêques et tenant, pour l’iconographie, une crosse, dorée à l’origine, puis rouge et blanche, ce qui le rapproche du père Noël actuel.
LA TRADITION CONTINUE La fête de Saint-Nicolas se pratique encore aujourd’hui dans l’Est et dans plusieurs pays d’Europe. Dans la nuit du 5 au 6 décembre, saint Nicolas passe dans les maisons pour apporter des friandises aux enfants sages : des fruits secs, des chocolats, des gâteaux et de fameux grands pains d’épices façonnés à son image, dont les papilles des exilés se souviennent à vie. Il est accompagné du père Fouettard, chargé de punir les enfants qui n’ont pas été sages. Dans la foulée, le 6 décembre des défilés populaires sillonnent les rues avec distribution de bonbons aux enfants, défilés parfois assortis de chars, souvent suivis d’un feu d’artifice.
MUTATION EN PÈRE NOËL Dans les pays autres que ceux cités plus haut on fête le père Noël à la date de la naissance de Jésus-Christ, inconnue mais fixée au 25 décembre dans le calendrier grégorien, à la fin du XVIe siècle. Personnage légendaire, le père Noël serait né de la transformation du personnage de saint Nicolas. Bien qu’il en conserve des éléments, comme sa générosité et son esprit de don, son caractère religieux s’est estompé et il est devenu un emblème du consumérisme dans de nombreux endroits.
Raconté par Catherine Caroff
Vidéo, 2 mn 2 s. « Ils étaient trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs… ». Source : ► https://youtu.be/4iRwNQYnE90